Le tourisme de masse menace les destinations les plus prisées

7 destinations de rêve menacées par le tourisme de masse

Le tourisme de masse est aujourd’hui la tendance de voyage la plus répandue. Le phénomène frôle le surmenage. Les besoins de ce type de tourisme deviennent insoutenables pour la plupart des destinations visées.

«Le tourisme de masse sévit dans les destinations les plus célèbres», affirme Jonathan Tourtellot, spécialiste du voyage durable, dans National Geographic. « Le tourisme de masse est arrivé à un point critique. Et chacun fait partie du problème », écrit Martin Kettle dans The Guardian.

Penchons-nous sur le tourisme de masse. Pourquoi est-il si populaire ? Comment impose-t-il un impact négatif sur les communautés locales et les territoires des destinations les plus appréciées au monde ?

Définition du tourisme de masse

Le tourisme de masse a vu le jour à la fin des années 1800 au Royaume-Uni. Thomas Cook a été le pionnier de ce concept de voyages en groupe à des prix abordables. En établissant des relations entre les voyagistes, les sociétés de transport et les hôtels, Cook a pu obtenir des rabais importants sur les services de voyage et faire bénéficier ses clients de ces économies.

Aujourd’hui, l’expression fait souvent référence à des voyages organisés, des vols bon marché, des résidences vacances tout compris et des croisières. Ainsi, un grand nombre de voyageurs peut ainsi visiter une destination en un temps généralement court. Ces voyages ont lieu la plupart du temps en haute saison.

Le tourisme de masse a ses côtés positifs. L’afflux de touristes peut contribuer à créer des emplois, à stimuler l’économie et à développer des infrastructures indispensables.

En revanche, de nombreux emplois ne sont pas attribués à la population locale. Une grande partie des revenus est conservée par des investisseurs étrangers. Et les foules de touristes envahissants empêchent souvent les locaux de profiter des avantages des infrastructures ou du site en lui-même.

C’est sans aucun doute la forme de tourisme la plus populaire. Mais la plupart des experts en voyages responsables considèrent qu’il s’agit d’une forme de voyage superficielle, exploitante et non durable. Le tourisme de masse consomme d’énormes quantités de ressources tout en ne rapportant que peu à la communauté locale.

Voici en quelques témoignages de voyageurs comment le tourisme de masse représente une menace sur les populations locales et sur l’environnement.

Le tourisme de masse au Caire, en Egypte

« La région du Caire abrite certaines des attractions touristiques les plus anciennes et les plus impressionnantes du monde. Le célèbre masque funéraire du roi Toutânkhamon conservé au Musée égyptien et les grandes pyramides de Gizeh attirent foule.

Mais au lieu d’être accueillante pour les voyageurs qui explorent la culture et les merveilles de cette ancienne capitale, le visage du Caire avait largement été modelé par le tourisme de masse. Il en était de même pour Gizeh. En conséquence, ces sites relativement petits étaient régulièrement envahis par des hordes de groupes touristiques, armés de caméras. La plupart ne consacraient qu’une courte journée de visites avant de rejoindre leur villégiature à Sharm El Sheik.

Il y a quelques années encore, des dizaines de bus touristiques climatisés envahissaient chaque jour le plateau de Gizeh, le musée et les sites touristiques comme Khan El Khalili. Ils encombraient les routes, déjà surpeuplées, menant à ces attractions. Des activités annexes comme des industries artisanales avec leurs rabatteurs, des visites d’usines de papyrus et des promenades à dos de chameau, ne respectant pas le bien-être animal, se sont greffées aux visites des sites historiques. Un énorme déséquilibre monétaire a secoué la ville, conséquence malheureuse de cet afflux de touristes.

Plus récemment, l’industrie du tourisme dans et autour du Caire a subi un coup dur. Les menaces terroristes pesant sur la région et les craintes parfois exagérées ont provoqué l’éclatement de l’économie locale. Peu à peu, le tourisme égyptien se redresse. Les sites du Caire et de Gizeh devraient prendre du recul et apprendre de leurs erreurs passées.*

La baie d’Halong (Vietnam) : cible du tourisme de masse

Les publicités et les médias ont souvent mis en avant sa beauté exceptionnelle. La baie d’Halong est devenue le site touristique le plus visité et le plus célèbre du Vietnam. Trois millions de touristes visitent chaque année ce lieu naturel incroyable. Des hordes de bateaux flottent chaque jour autours des îles karstiques pour satisfaire la demande du tourisme de masse. Autant de pollution visuelle, sonore qui envahit le site. Des tonnes de détritus envahissent le site.

Par ailleurs, la baie d’Halong est gérée de façon anarchique. Les voyagistes ne semblent pas touchés par les problèmes d’environnement et par les questions de sécurité. Le naufrage d’un bateau en 2011 a fait 12 touristes parmi les victimes. Peu de mesures de sécurité sont prises. Quant à l’environnement, aucune réglementation ne vient protéger l’éco système. Cela met en péril la faune et la flore, ainsi que les populations locales. Leurs ressources sont d’ailleurs menacées par cet afflux de touristes.

 

Surchauffe touristique sur l’Île de Skye en Ecosse

L’Ecosse est riche de beaux paysages et de châteaux médiévaux. Au nord-ouest, se trouvent des sites naturels exceptionnels : Old Storr Man, le vieil homme de Storr, le massif du Quiraing, le Kilt Rock, formation de basalte, le phare de Neist Point, les montagnes de Cuillin et les Fairy Pools.

L’Île de Skye n’est pas seulement la plus grande île d’Ecosse, mais c’est aussi la plus accessible. En effet un pont la relie au continent. Il est ainsi très facile d’accéder à ses merveilles pour les milliers de touristes.

Le manque de parkings impose aux voitures un stationnement anarchique le long de la route. Cette circulation et ces stationnements sauvages gênent les habitants dans leurs activités quotidiennes. Les toilettes publiques et les infrastructures d’accueil font défaut et incitent certains touristes à se comporter irrespectueusement vis à vis de la population locale.

Bali : paradis du tourisme de masse

Bali est l’un des endroits les plus paradisiaques de notre planète. Entre plages de rêve et temples traditionnels, il était facile pour les touristes de profiter du farniente ou de se cultiver. Mais aujourd’hui Bali a bien changé.

L’Indonésie est surtout connue pour Bali en raison de ses plages et de son climat tropical. Des touristes du monde entier affluent dans cette île pour passer leurs vacances. Pour les accueillir, des grandes chaînes d’hôtels et des centres commerciaux ont vu le jour. Il y a longtemps que Bali était très fréquentée. Mais maintenant, elle est complètement congestionnée, en particulier dans les zones commerciales comme Denpasar.

Il est difficile de voir Bali comme un paradis tropical aujourd’hui. Le contrôle sur les nouvelles constructions est quasiment inexistant. La gestion des déchets n’est pas non plus à la hauteur de leur production. Et la plupart des habitants y sont indifférents, ne mesurant pas l’ensemble des conséquences de ce défaut de gestion. Kuta Beach a tout l’air d’un cauchemar plutôt que d’un paradis. Les ordures sont partout, attirant les rats jour et nuit.

Cependant, la partie nord de l’île est encore sauvegardée et cache quelques plages isolées et préservées.

Boracay : les limites du paradis sur Terre

Boracay était un paradis absolu. Cette île minuscule est recouverte de sable blanc fin. Son eau turquoise est aussi limpide qu’un verre d’eau. Mais elle est devenue victime de son succès sur les réseaux sociaux. Plus de deux millions de touristes visitent son territoire de 10 km2 chaque année.

En 2012, Boracay avait valeur de paradis pour les magazines de voyages. Elle a été reconnue plus belle île par le magazine Travel + Leisure. Mais cette année, l’abondance de déchets produits par les touristes a fait d’elle une décharge à ciel ouvert. Le président philippin Rodrigo Duterte, lui-même a déclaré que cet endroit était devenu un « cloaque ». Une vidéo virale montre les eaux usées coulant directement dans les eaux turquoises de Boracay.

Le président philippin s’en est pris aux dirigeants de l’île, leur reprochant une exploitation anarchique et un développement non contrôlé de l’activité hôtelière. Il a décidé de fermer l’île aux touristes et d’y envoyer un groupe de travail gouvernemental pour tenter de sauver l’île.

Des actions ont été entreprises pour, a priori, sauver l’île, mais certaines voix se sont levées pour dénoncer le projet pharaonique du gouvernement. En effet, ce-dernier a signé un accord avec un groupe chinois pour la construction d’un casino de 500 millions de dollars. Pour l’instant, la fermeture de l’île porte atteinte aux populations locales qui ont perdu leur emploi. Et beaucoup craignent que la construction de ce casino ne les laisse de côté.

 

Agra : le Taj Mahal splendeur et décadence

Le Taj Mahal est LE lieu emblématique de l’Inde touristique. Ce bâtiment en marbre blanc avec son dôme, ses calligraphies et ses motifs font qu’il mérite amplement son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il est devenu le symbole de l’Inde et les touristes du monde entier rêvent de le visiter. Ceux qui y parviennent ne sont pas déçus.

Impressionnés par la beauté et la splendeur de ce monument, ils seront choqués par la réalité d’Agra. Plus de 7 à 8 millions de personnes visitent le Taj Mahal chaque année. Cette foule quotidienne impose une gestion rigoureuse. Un périmètre préservé sans pollution s’étend au-delà du monument, mais cette dernière explose une fois sorti de la zone.

L’Inde regorge de trésors qui feraient le bonheur des millions de touristes. Mais l’industrie du tourisme indien ne concentre leur communication et leurs investissements que sur 3 sites touristiques : Delhi, Agra et Jaipur. Ces 3 sites deviennent peu à peu victimes de leur succès et de la pollution qui en découle.

L’empreinte humaine sur le parc de Yellowstone

Ce parc national est un joyau naturel. Le tourisme a augmenté de 40% au cours des 10 dernières années. 4,2 millions de personnes ont visité le parc Yellowstone en 2016. C’est un site idéal pour la randonnée ou le trekking.

Malheureusement, de nombreux touristes ne respectent pas le lieu et son éco système. Les visiteurs sortent souvent des sentiers balisés ce qui dénature la végétation. Cet irrespect des zones balisées peut conduire à des dommages environnementaux. Des phénomènes anormaux d’érosion ont été constatés. Les déchets sont aussi la cause de dégradation. Ils sont laissés sur place par certains randonneurs. D’autres jettent des pièces de monnaie dans les sources d’eaux chaudes, ce qui crée un déséquilibre de pH qui détruit l’environnement aquatique.

 

L’abandon de nourriture ou le fait de vouloir nourrir les animaux provoque un changement de comportement de ces derniers. Ils modifient leur façon de s’alimenter et recherchent la présence humaine pour répondre à leurs besoins. Ils peuvent devenir agressifs, voire dangereux pour l’homme.

 

Des initiatives pour limiter les effets néfastes du tourisme de masse

Les gouvernements nationaux ou les responsables locaux des sites en danger tentent d’imposer localement de nouveaux règlements pour limiter, sinon effacer, les effets négatifs du tourisme de masse. Certains essaient de limiter l’afflux de touristes. La ville de Venise a fini par interdire l’entrée des immenses paquebots de croisière dans la lagune.

D’autres états préfèrent la méthode douce et tentent d’éduquer touristes mais aussi hôtes. L’Islande impose ainsi une charte de bonne conduite aux voyageurs.

Chaque région devra trouver ses propres solutions et rapidement si nous voulons que les voyageurs du futur puissent bénéficier de la beauté des sites exceptionnels de notre planète.

 

(1)Mike Huxley of Bemused Backpacker

https://earthbuddies.net/mass-tourism-bad/

https://greenglobaltravel.com/how-mass-tourism-is-destroying-destinations/

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